Le fantasme

Publié le par namkha

Ce soir, une fois de plus, je n'arrive pas à m'endormir. La raison fulmine « il faut dormir, pour assurer demain, être en forme... ». Ah! cette raison, je ne devrais plus l'écouter. Je m'installe dans une position confortable, drapée dans cette bienveillante raison qui depuis toujours lutte pour faire de moi une bonne personne, une personne raisonnable. Petit à petit, tout mon corps se révolte. Pleins de petits démons fourmillent sous ma peau, m'asticottent, veulent exister. Je n'arriverais pas à m'endormir. Pourtant je suis une bonne fille, j'ai décidé de suivre la voie de la raison...
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Alors vient le stratagème, conçu il y a si longtemps, affiné et perfectionné au fil de l'expérience. Je construit le fantasme, toujours le même à quelques variantes près. Plusieurs tortionnaires s'approchent, avec des lames de rasoirs...Trop lâche pour pratiquer l'auto-mutilation, il est plus facile de m'imaginer comme victime que d'être responsable des tourments qui m'affligent. Ils tailladent alègrement mes chairs, et les tensions s'échappent par toutes ces blessures, permettant que la détente s'installe. Le sommeil s'approche. Je baille, je m'étire, modifie ma position corporelle...Fausse manoeuvre, les démons se réfugie au creux de mon mollet, rassemblent leurs forces et repartent à l'attaque de plus belle. Le mental embraye, s'échauffe en échaffaudant multiples réalités, aussi denses qu'éphémères, aussi lancinantes qu'irritantes. C'est le moment d'appeler la cavalerie. Familière des tangkas tibétaines, j'en visualise une. Mais je suis bien trop névrosée pour être la divinité. Non, je m'identifie avec l'horrible chose qui est foulée, piétinée. La douce sensation d'être à sa place procure un certain apaisement.Ensuite, la figure centrale lève le bras et me frappe de son arme rituelle, m'éventre, m'éviscère. Il s'abaisse et se repait de ma chair, boit mon sang.Et moi je ne suis plus là, j'assiste au divin banquet en spectateur. Aucune douleur, aucune souffrance. Ce sont ces horribles diablotins qui se font dévorer. Je ne suis pas cette masse de viande. Je suis éthérée, détachée. Je m'endors.

Publié dans humeurs de l'instant

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Djangsem 30/01/2008 01:06

Houlala ! tu commences chaudement, ça déménage.Cool, je sens que ça va être passionnant.

namkha 31/01/2008 09:52

Je te remercie pour tes encouragements.